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Asosyasyon Fanm

Soley Dayiti


La biographie de


Elvire Eugene Edmond,


Fondatrice de Afasda

Par  Stanley Jean-mary

ELVIRE EUGENE, UNE GRANDE FEMME !
 Si les hommes d’Haïti d’aujourd’hui ne sont pas plus braves et engagés que leurs aïeux, il est certain que les femmes sont moins passives que leurs mères. Il n’y a peut-être point de meilleure preuve que l’engagement de celles-ci dans les luttes pour l’égalité des genres et la transformation de la société haïtienne dans l’intérêt des démunis. L’après dictature des macoutes a vu un plus grand nombre de femmes qui se distingue par leur détermination. On ne peut qu’admirer avec raison les positions politiques, des Magguy Thelusmond, des Marie-Josée et Chantal Vaval, des Carole Dubuisson, des Maki Pierre, des Marie Carmele Lubin Mentor, des Danie Dugué Coqn, des Dazilia, des Lise Charlot, des Ketly Julien, etc., et sans doute que la postérité les admira comme nous. A toutes ces femmes convaincues, il serait facile d’en joindre beaucoup d’autres qui ne le sont guère moins. Plus on réfléchit a cette matière, plus on s’étonne de ce que les femmes ont fait pour la cause féminine. à l’ occasion de la journée internationale de la lutte des femmes, nous avons le plaisir de vous présenter, l’une de ces grandes dames qui a marqué de son empreinte la métropole du nord : Madame Elvire Eugene. Sa réputation s’est étendue au delà du département du nord, et, si je vous donne l’opportunité de découvrir cette grande femme, c’est plus par soucis de mémoire et d’exemple que par amusement et curiosité.
 La biographie d’Elvire Eugene n’aura d’autre mérite que de montrer la valeur de la femme haïtienne à une des plus déterminantes époques de notre Histoire. Elvire est la fille de Simphilise Eugene. Elle a grandit dans une commune ou la végétation, le paysage, les terres, les maisons, les jardins, le ciel et les Etoiles la donnent une unité : Dondon. Autrefois, c’était l’endroit de rêve pour les Sanon, les Eustache, les Menard pour passer de bonnes vacances. Durant les 3 mois de grandes Vacances, le temps est ensoleillé et avec une bonne température, une commune propre, agréable et avec beaucoup d’activités touristiques. Les mornes qui entourent la commune favorisent avec le soleil une élévation des températures en journée et permettent, la nuit, une meilleure restitution de la fraicheur. Ainsi, les nuits sont généralement fraiches à Dondon. Cette température et ce paysage ajoutés à l’éducation familiale d’Elvire auront une incidence sur le tempérament accueillante, sympathique de cette dame qui sait être à l’écoute des autres.
 Enfant, Elvire fera ses primaires chez les sœurs St-Joseph St-Valier à Dondon. Son époque dépassait celle de sa mère ou l’école préparait les filles à leurs devoirs d’épouse et de mères, les bonnes manières et la couture. Elvire fréquenta l’école à l’époque ou l’enseignement s’ouvre aux filles de manière généralisée. Les filles pouvaient passer le baccalauréat et donc entrer a l’université. Mais, l’enseignement qui leur est dispensé perpétuait encore les valeurs et les schémas classiques : les filles traditionnellement dévouées aux autres, sont orientées vers des métiers de service et de soin (institutrice, infirmière, sage-femme, etc.). Car l’opinion masculine la plus répandue demeurait que la véritable mission de la femme, c’est d’être mère, c’est de former de futurs citoyens. Même lorsque ces citoyens formés par des mères n’auront aucun respect pour la femme.
 Apres le certificat, Elvire rentrera au Cap-Haitien pour la poursuite de ses études secondaires. Tour à tour, elle fréquenta les filles de Marie, le Centre d’étude classique et le lycée Marie-Jeanne à Port-au-Prince. L’école primaire permettra à Elvire de découvrir l’amitié. Elle a partagé avec Rose Claudelle Danielle dont sa voix et ses chansons peuvent faire revivre à tout cinquantenaire et plus en un instant le bon vieux temps, en réveillant subitement des bonheurs oubliés, Raymonde Menard, Vilaine Antoine, Carole Pierre-louis et père Michel Eugene. Des gens issus de la bonne famille dondonaise. Elle sait entretenir une amitié durable et le double charme de l’amitié en ces temps était le sentiment qui garantissait la certitude ce qui fait défaut au sentiment d’amour parfois. Elvire, tellement sensible est toujours affectée davantage sur les peines qu’éprouvent ses amis que celles qu’elle éprouve. Les classes secondaires la feront découvrir la mixité à l’école. Ce qui la permettra de vivre une nouvelle réalité et de la préparer à une vie sociale future. La mixité favorise en elle une saine adaptation d’un sexe à l’autre. Elle lui servira de source d’un enrichissement intellectuelle.
 En plus des vertus féminines qu’elle incarne, Elvire est une femme très prisée pour la vérité, solidaire et affectueuse. Son intellectualité lui donnera gout pour le cinéma et le théâtre. Elle tiendra le rôle d’Anaise de la fameuse œuvre de Jacques Roumain titrée gouverneur de la rosée mise en théâtre par les coopérants francais. Le gouverneur de la rosée est un chef-d’œuvre magnifique, lumineux, débordant d’amour et de vie. Une vie pourtant bien amère que misérable par manque d’eau. Elle commence dans le deuil et se termine par un deuil annonciateur du retour à la vie, une nouvelle vie, dans l’union des paysans pauvres contre l’adversité et l’oppression. Elvire était Anaïse, cette femme à la silhouette fine qui remonte un sentier, une jarre sur la tête. Une histoire d’amour, tendre et simple que tout bon haitien ne saurait oublier. En jouant ce rôle, Elvire a du ressentir plus de passion pour la cause des exploitées et la poésie romantique. Je profite pour faire un bref résumé : Dans la commune de Fonds-rouge, les temps sont durs. La sécheresse fait rage, et d'elle découle la pauvreté, les habitants étant dépendants des fruits de la terre pour subsister. Manuel revient de Cuba, après des années d'exil, pour retrouver une terre qu'il ne reconnaît plus. L'eau y a disparu, et l'unité d'antan avec elle. Des rivalités entre familles et une haine dont on a oublié la raison font rage. Sur son chemin, Manuel rencontre Anaïse. A deux ils décident d'entreprendre un projet : ramener l'eau à Fonds Rouge et rassembler un peuple désuni. Plus qu'un roman, c'est un poème. C'est un chant qui raconte une histoire d'amour entre la terre et l'homme, entre l'homme et les siens, une histoire d'amour entre un homme et une femme.
Elle sera actrice également dans des films comme la relance et monologue caraïbe tourné à la citadelle de Christophe. Elvire éprouve une foi chrétienne inébranlable. Ce qui importe pour elle ce n’est pas la grandeur de la foi, mais sur quoi repose cette foi. Elle ne cherche pas à se débarrasser des difficultés liées au chemin de la foi en les évitant comme certains, au contraire, elle les affronte pour les surmonter avec la puissance de son Dieu. Ce qui la conduira à être un encadreur du groupe GRE à la cathédrale de Cap-Haitien et être la présidente du comité de jumelage a la cathédrale du Cap. Certaines expériences de la vie la feront comprendre que les enfants ont besoin d’attention pour progresser et ont besoin de cadres soucieux pour développer leur intelligence.
Ainsi, elle va investir sa personne dans l’éducation des enfants. Elle débutera comme professeur à l’école Externat Saint Francois Xavier des sœurs de saint-joseph de Cluny à la rue 16 L. Non satisfaite du cadre limité que lui offre cette tache, elle va fonder sa propre école : Jardin Saint Enfant de Jésus pour les petites filles d’âge préscolaire. Sa science de l’éducation est de garantir l’égalité des chances de réussite entre les filles et les garçons. Elle participe aussi à la lutte contre les discriminations et les préjugés sexistes en offrant une éducation fondée sur le respect mutuel des deux sexes. A son école, les enseignantes accordaient une grande importance à l’observation que de faire des jugements pieux. Les enfants apprenaient à écrire, chanter, lire, jouer et observer. On leur procurait également une bonne hygiène dans une ambiance d’harmonie conviviale. L’école était une grande maison pour ces enfants de 2, 3, 4,5 ans qui passèrent leur journée pour y vivre. Les parents ont libres accès à l’école, mais ils sont exigés de veiller à la propreté et à la bonne tenue (vestimentaire) des enfants. Chaque institutrice a l’obligation de collaborer avec les parents dans l’optique commune d’éduquer les enfants. .
 Il faut donc saluer le mérite de cette grande dame qu’est Elvire Eugene, et louer la mémoire de la maman qui la enfantée. Elle fait partie de ces grandes dames qui présagent un bon avenir, et montre combien l’éducation des filles est révolutionnée. Nous ne pouvons pas nier que les femmes d’hier étaient extraordinaires dans la balance des destinées des femmes d’aujourd’hui. Les femmes comme madame Jacques Noel, madame Seymour Isidore Jocelyne, Anne- marie Augustin, Ginette Rainwraight, Irène, Jeanne Dejoie Elyss, madame Raymond Francois, madame Lauren, madame Waldeck Georges, madame Jacques Georges, madame Manne Célestin née Evange Fourche, Annette Fils-Aime, madame Gérard Sanchez, etc., apportaient beaucoup dans la formation individuelle .Nous sommes nombreux qui ont pu jouir de l’amabilité personnelle de ces charmantes et grandes dames, et leur mérite fut peu honoré par la société en général ; mais, elles sont dignes types de leur sexe, ornées de toutes les grâces de l’esprit, aussi bien que de toutes les qualités du cœur, elles ont montré ce que les femmes peuvent être, ce qu’Elvire Eugene est en effet, et ce qu’on a droit d’attendre chaque jour. Dès l’Indépendance, le gouvernement de Dessalines a accordé la priorité aux politiques de développement économique et humain. Apres son assassinat, les classes exploitées et les femmes ne bénéficieront rien des politiques réactionnaires de tous ses successeurs. Aujourd’hui, la situation de la femme haïtienne se caractérise par de nombreux paradoxes. Malgré des succès significatifs et certains progrès, il subsiste de nombreux signaux très inquiétants. L’impact de ces différents processus, progrès ou absence de progrès, les uns sur les autres résulte finalement en une dévaluation des femmes. Le mouvement des femmes est ’un des grands mouvements sociaux qui animent une société civile haitienne caractérisée par sa vitalité.
 Elvire Eugene avec d’autres femmes créeront un outil de lutte a travers l’organisation dénommée : ASFADA. Cette organisation se définit comme un courant dans le mouvement des femmes, comme un réseau d’individus se mobilisant avec une certaine régularité autour des causes touchant particulièrement les femmes. Et cette organisation constitue un mouvement par la continuité des activités entreprises depuis les années 1950 à nos jours, même s’il est une réalité hétérogène socialement et politiquement traversé par des courants et des projets diversifiés. Décentralisé, le mouvement des femmes haitiennes est composé d’individus (universitaires, journalistes, artistes, etc.) et d’organisations aux statuts et allégeances politiques divers, sans définition commune du féminisme. Les mouvements de femmes à travers le pays se sont mobilisés autour de nombreuses causes, comme les droits politiques des femmes, la violence contre les femmes, la liberté sexuelle, l’avortement, l’égalité des chances à l’emploi, la participation et représentation politiques des femmes, etc. Quelques femmes accomplies prouvent bien mieux en faveur de leur sexe, que ne feraient quelques grands hommes en faveur du nôtre. Si elles ont un esprit moins hardi, moins original, moins indépendant, il est certain qu’elles réfléchissent mieux la couleur de la société qu’elles fréquentent, et qu’elles prennent plus fortement le cachet de l’époque où elles vivent. Un DESSALINES, JEAN-JACQUES ACAO, un BENOIT BATRAVILLE, UN JACQUES ROUMAIN, peuvent naître dans un temps obscur, et répandre tout-à-coup une lumière inattendue ; mais une femme qui s’illustre comme Elvire Eugene, suppose un haut degré de civilisation, de combativité, et la considération accordée aux talents qu’elle a cultivés.


STANLEY JEAN-MARY (DOUDY)'